Nous sommes ça, mais nous ne sommes pas que ça !

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La bataille fait rage pour capter le trésor précieux de notre attention. L’enjeu pour les médias du web est de monopoliser le maximum de notre temps de cerveau disponible.  Dans son dernier ouvrage l ’ « Apocalypse cognitive »,  le sociologue Gérald Bronner décortique les mécanismes et  les « saillances », qui vont cambrioler notre attention.  Le constat sur le marché dérégulé de l’information s’avère plutôt sombre et sévère. Cependant l’auteur reste optimiste sur notre capacité à reprendre la télécommande de nos vies.

 

Le constat :

Jamais autant de temps de cerveau disponible, et jamais autant d’informations accessibles à tel point qu’on parle d’infobésité (info /obésité) et que l’OMS met en garde contre le « risque de crédibilité » et ses conséquences graves sur la santé mentale des personnes.

 

Marché de l’information totalement dérégulé

L’attention est devenue la monnaie du marché des médias.  Sur internet, « Si c’est gratuit, c’est toi le produit !» a-t-on coutume d’entendre.  Ce qui signifie que les données y compris celles que nous laissons à notre insu, sont devenues la valeur d’échange. Elles constituent le Graal que les  acteurs du Web s’arrachent. En effet, elles les renseignent sur nos goûts, nos habitudes et …notre vision du monde. En les consolidant leurs algorithmes vont nous maintenir dans notre silo informationnel en nous servant ce qui nous plait et nous agrée… Dès lors, tout l’enjeu pour les media va  être  de capter et de retenir le plus longtemps possible, ce trésor rare qu’est notre attention

 

Le levier des biais cognitifs :

 Il semble que tout le monde soit victime des mêmes de pièges de perception.

Logés dans la partie primitive de notre cerveau, ils sont quasi réflexes plus ou moins conscients. C’est le cas du fameux « effet cocktail ». Dans le brouhaha des conversations vous êtes concentré sur la conversation avec votre interlocuteur. Mais votre cerveau enregistre les informations alentours. De sorte que si votre prénom est prononcé ailleurs dans la pièce, vous êtes immédiatement en alerte. C’est la même chose si le mot sexe est prononcé ou si une altercation se déclenche à l’autre bout de la pièce : vous le percevez avant même de  vous en rendre vraiment compte. C’est le même mécanisme à l’œuvre sur le web.  Compulsion pour la sexualité, attirance pour le conflictuel, fascination pour la peur sont 3 « pédales basses » en lien avec le fonctionnement primitif de notre cerveau qui sont actionnées pour cambrioler notre attention.

 

Contenu simple, facile, pseudo logique

Les GAFA éditorialistent le contenu du web en privilégiant des informations sensationnelles simples à mémoriser, pseudo logiques. Tout est fait pour appuyer sur notre biais de confirmation.

Devenus à notre tour, émetteurs, la cacophonie s’emballe :

  • Une visibilité avantageuse est donnée à des croyances minoritaires. Lesquelles finissent par être prises comme représentatives par les journalistes et les politiques.
  • Des erreurs de raisonnements, des résultats faux, des informations contradictoires finissent par être admises à force de répétition. C’est bien plus l’audience, le nombre de vues qui crédibilisent une information que sa robustesse rationnelle !

Existe-t-il un espoir ?

Contre ces boucles addictives qui nous enferment dans le miroir de nos croyances et nos prophéties auto réalisatrices, Bronner prône une salvatrice mise à distance : « Nous sommes ça, mais nous ne sommes pas que ça ! »

Et de finir sur une note optimiste en soulignant l’extraordinaire complexité de notre cerveau aux ressources insoupçonnées « Il  y a suffisamment de ressources dans notre cerveau et notre vie collective pour éviter le pire ! »

 

De toute façon, il n’y pas trop de plan B….

Valérie SENE

Dirigeante, fondatrice

Valsendo : la boussole des organisations professionnelles

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