Economie Circulaire : dernier mot à la mode ou concept novateur ?

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Accolée à des couleurs : verte, bleue… à des qualificatifs : symbiotique, positive, régénérative, l’Economie est mise à toutes sauces !   Pas encore très vulgarisé auprès du Grand Public, le concept d’Economie circulaire émerge. Comme certains courants, il s’inspire de l’observation du vivant, mais rénove le genre, par son approche résolument systémique et sa façon radicalement différente d’aborder la demande du consommateur.

L’Economie Circulaire n’a rien inventé, la nature le fait depuis 3.8 milliards d’années !

Il suffit de se promener en forêt de Rambouillet par exemple pour saisir la dynamique d’interactions extraordinaire complexe entre les arbres, le sous-bois, les animaux et la vie microbienne du sol. Faune et flore sont interdépendants, organisés en réseau alimentaire. Les propriétés de l’écosystème qu’ils forment sont intrinsèquement liées aux interactions que les différentes communautés entretiennent :  observer, comprendre, s’inspirer des différentes échelles spatiales et temporelles, de circuits de flux de matière et d’énergie permet par,  biomimétisme, de trouver des solutions innovantes et durables.

  • L’économie circulaire repose sur cette observation fine de l’écologie, pour resynchroniser l’économie avec le monde du vivant.

Nous « perdons » encore 60% de nos déchets ménagers par incinération et enfouissement[i] (Source ADEME)

Seulement 27% de nos ordures sont recyclés et 16 % sont compostés. Le système linéaire actuel « j’extrais, je consomme, je jette » nous impose un gaspillage qui n’est pas soutenable.

« Si l’ensemble de l’humanité vivait comme un Français, il nous faudrait l’équivalent de 2,7 planètes pour assouvir notre consommation » dit Arnaud Gauffier, de WWF France, en juillet 2019, d’après le calcul Global Footprint Network pour nous faire prendre conscience de la finitude de nos ressources.[ii]

Même si prendre le problème par le bout des déchets, est une façon d’agir sur les conséquences sans nécessairement pouvoir remonter sur la source (l’eco conception), l’approche est salutaire dans son changement de paradigme : considérer à sa juste valeur nos déchets, (cf la notion de up cycling) »[iii]

Oserons-nous un jour, offrir des cadeaux d’occasion à de jeunes mariés ?

Avoir une approche radicalement différente de la façon de consommer, est la grande force du concept d’Economie Circulaire. Non pas centrée sur la performance du produit ou service, l’approche quasi obsessionnelle décortique l’usage qui est fait par le consommateur du produit ou service. L’exemple classique souvent convoqué est l’interrogation sur la taille du carton du colis livré à domicile, sur le mode de transport utilisé : habituellement, ces éléments ne font pas partie de la réflexion du chef de produit. Mais sous la pression des attentes sociétales, ces considérations s’invitent dans le cahier des charges.

Arrive alors le questionnement saugrenu : le consommateur pourrait-il avoir une attente vis-à-vis du moyen de transport : camionnette ou semi-remorque ? Que va-t-il faire du carton, ce dernier pourrait-il être intelligent, apporter un complément de service, être une réponse à un « irritant » ou à un « consumer pain » ?

Ces investigations approfondies pour adapter l’offre au mieux, interpelle nos habitudes et nos normes sociales : sera-t-il possible un jour d’offrir des cadeaux de seconde main à Noël sans passer pour indélicat, ou pire grippe sou ? La question interroge le vivre ensemble et les règles sociales qui les régissent, lesquelles sont nécessairement appelés à évoluer : la transition écologie ne peut rester cantonnée à l’environnementale, elle est nécessairement sociétale.

Au-delà de l’effet buzz d’un mot nouveau, l’Economie circulaire est un bon outil dans le changement de paradigme imposée par la transition agro-écologique, dans le sens ou elle permet de faire le pont entre enjeux environnementaux et sociétaux ; interrogeant notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes.

 

[i] https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/avis-ademe-sur-incineration-dechets-menagers-et-assimiles-2012.pdf

[ii] Arnaud Gauffier, directeur des programmes chez WWF France, 29 juillet 2019, calcul du Global Footprint Network https://www.europe1.fr/societe/si-lensemble-de-lhumanite-vivait-comme-un-francais-il-nous-faudrait-lequivalent-de-27-planetes-pour-assouvir-notre-consommation-3911972

[iii] Le mot anglais « upcycling » a été proposé au milieu des années 1990 par Reiner Pilz. Il a ensuite été repris par William McDonough et Michael Braungart dans leur ouvrage Cradle to Cradle: Remaking the Way We Make Things paru en 2002. https://fr.wikipedia.org/wiki/Surcyclage

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